Comptez sur vos doigts

Comptez sur vos doigts

 

 

Les Gaulois ne nous ont pas seulement laissé quelques mots comme la « ruche ».

Les copains de Vercingétorix nous ont aussi offert une manière de compter qui fera le bonheur des anglophones désireux de parler la langue de Jacques Brel.

 

Les Romains comptaient par dix. Le fait que l'être humain possède dix doigts ne doit pas être étranger à cette technique. En effet, il est probable que les hommes ont eu tendance à d'abord compter avec les doigts. Peut-être parce qu'ils étaient plus souples ou par souci d'efficacité, les Gaulois ajoutèrent l'utilisation des orteils à leur comptabilité. Conséquence : ils changeaient à

vingt.

 

Petite anecdote culturelle, les Babyloniens changeaient à soixante. Quelles parties du corps utilisaient-ils ? Les zones érogènes étaient-elles de la fête ?

Nous l'ignorons. César (toujours lui !) piqua le système aux habitants de Babylone et nous le refourgua lors de sa visite en Gaule. Par la même occasion, il l'offrit à toute l'humanité. C'est la raison pour laquelle nous avons soixante secondes dans une minute et soixante minutes dans une heure.

La romanisation des populations gauloises fit que notre langue est probablement la seule au monde à mélanger les deux systèmes. Nous changeons aux dizaines jusqu'à soixante (dix, vingt, trente, quarante, cinquante et soixante) et aux vingtaines après (soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt dix).

Cette comptabilité par vingt était également celle des Germains qui nous envahirent au Vème siècle et des Vikings qui s'installèrent en Normandie avant d'aller casser les pieds aux Anglais en y exportant notre langue. Ces deux influences ne militeront pas en faveur du système décimal.

L'usage hésitera longtemps. En 1260, notre bon roi Saint Louis crée un hôpital pour soigner les soldats revenus aveugles des croisades. Il prévoit trois cents places et fonde l'hôpital des Quinze-Vingt. Nos anciens tenaient visiblement à cette trace gauloise. Le grammairien Vaugelas, au XVIIème siècle, écrit :

«Septante n'est pas français... Il faut toujours dire soixante-dix, tout de même

que l'on dit quatre-vingts et non octante et quatre-vingt-dix et non nonante. »

 

Le fait qu'il croit nécessaire d'exprimer cette interdiction prouve que d'aucuns devaient dire «septante» à une époque où la Belgique ne figurait sur aucune carte routière. On ne peut s'opposer qu'à ce qui existe.

 

Texte de Bernard Fripiat



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